Dans le viseur du pire

0
825

Par J. Kendy Clermont • Dans: Opinions

Haïti est dans une situation de trop-plein. Un ami a dit un jour, tout frustré, qu’une violence inouïe serait nécessaire pour interpeller la conscience des protagonistes de ce système qui nous violente avec cette ardeur prédatrice. Oui, la violence exprimée sous forme de corruption nous est définitivement d’une familiarité qui seconde notre nature. On n’offre pas une aussi grande démonstration de cynisme à un peuple. C’est un déni flagrant de sa dignité.

Des indicateurs quantitatifs à ceux qualitatifs, de la réalité à la perception, l’invivable jonche chaque parterre de nos rues, chaque toit familial, chaque projet de vie, chaque rêve enchéri. Aucun spécialiste ne peut , avec une moue triste, nous expliquer l’effet apocalyptique de l’inflation à 19%, encore moins le sadisme que traduit la réalité du dollar qui est à 94 gourdes. Car on a l’impression qu’une non-vie s’installe tellement que , au-delà des chiffres, même l’air devient difficilement respirable. On sent qu’on vivote.

La cruauté de la vie en Haïti est d’une gravité telle que peu importe le concept utilisé pour la décrire nous paraît être un euphémisme. Et, après tant de refoulement de stress, tant d’encaissement, tant de résignation ou de résilience, certains puristes cherchent la rationalité dans les actions populaires; ils veulent apparemment que le peuple rythme sa colère. Une vision réductionniste qui cherche à résoudre un problème dans ses conséquences, mais non dans ses causes.

Si violence, il y en a dans les agissements des manifestants, c’en est une qui essaie de répliquer à celle effectuée sur une femme enceinte incapable d’accoucher à cause d’une panne d’électricité; c’est une violence qui charrie la frustration d’une jeune fille se laissant verser dans les méandres de la prostitution, juste par souci de gagner un pain quotidien. Immense serait la tâche de répertorier les multitudes de violence subies par ce peuple chaque jour. C’est donc illogique de penser qu’aucune reproduction n’en serait faite. Aussi menue qu’elle soit.

La plus récente et pernicieuse inhumanité infligée à ce peuple est le piètre discours de 15 minutes du Président. Il a minutieusement pris le soin de bouder les revendications d’une population qui est dans la rue depuis plus d’une année. Jamais le mépris n’était arrivé aussi loin. Une déresponsabilisation mêlée de petitesse qui frise l’incompétence ayant pour enveloppe l’indifférence d’une mauvaise foi.

Nos déboires se décuplent jusqu’à nous mettre dans une sorte de coutume d’enfer. Et ça n’affecte rien à l’atmosphère présidentielle, si l’on considère la condescendance qui émaille dans le discours de Jovenel. Du coup, l’équipe PHTK perdure dans son ignorance, sa mal-gouvernance, sa boulimie des ressources de l’État, et tout ça, ne nous faisons pas d’illusion, charbonne la colère d’une mobilisation déjà en furie.

Comments are closed.