Haïti sujet d’une anémie économique sans précédent

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Une véritable crise économique s’annonce, et à tout moment elle pourra se convertir en une crise humanitaire exceptionnelle. Plus d’un mois du phénomène « Pays Lock », l’administration publique est pratiquement paralysée et dysfonctionnelle dans tous les 10 départements du pays.

Les manifestants  et toutes les forces vives de la nation réclament la démission du président de la République Jovenel Moïse, estimant que ce dernier n’a pas pu tenir ses promesses envers ses mandants sans oublier son implication dans divers grands dossiers étatiques de corruption et de dilapidation des fonds de l’État (Petrocaribe, Dermalog, Caravane de Changement).

En analysant les faits, une catastrophe économique est inévitable. Elle pourra bientôt  déboucher sur une crise humanitaire profonde. Les transferts de la diaspora demeurent le seul recours de l’économie en cette période de crise et malgré tout les bureaux de transferts peinent à ouvrir leurs portes sous menaces de casses. L’économie haïtienne survit au jour le jour dans l’incertitude totale.

L’instabilité est multidimensionnelle. Elle se résume en affrontement entre l’exécutif et le législatif, la velléité de l’exécutif pour contrôler le pouvoir judiciaire, le mauvais fonctionnement de l’État avec un gouvernement démissionnaire, un maigre budget (2018-2019) de 172.8 milliards de gourdes non approuvé par le parlement, de très faibles revenus enregistrés au niveau des institutions compétentes (la DGI et les douanes), l’investissement direct étranger limité, et l’exportation ne représentent même pas 1% de l’importation.

Le taux d’inflation annuelle dépasse 19%, le taux de chômage est au-dessus de 60%. La politique monétaire ne pas garantir la stabilité du taux de change face aux devises étrangères (plus de 93 gourdes pour  US$ 1), les dépenses de l’État dépassent ses revenus. Le niveau de corruption et  d’inégalité socioéconomique est très élevée. Le pouvoir d’achat de la majorité des citoyens est presqu’inexistant avec un PIB per capita de moins de 900 dollars et un PIB inférieur à 10 milliards de dollars pour une population de plus de 11 millions d’habitants.

La conjoncture a tout dit, on ne peut oser parler de croissance économique en Haïti pour cette année 2019. La mauvaise gouvernance, la corruption, l’incapacité et les dépenses inutiles de l’État,  sont entre autres, les principaux facteurs de la situation précaire qui devient de plus en plus compliquée et vulnérable.

Pierre Michel Gaspard.
Diplomate – Internationaliste

Photo de Couverture: © Hector Retamal AFP

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